« Se reconnecter à soi ne se planifie pas, ça se laisse arriver. »
Le transat a laissé une marque de lattes à l’arrière de mes cuisses et je n’ai toujours pas ouvert le livre posé sur la table basse depuis trois jours. C’est peut-être exactement ça, profiter de ses vacances. Le téléphone est à l’intérieur, sur le plan de travail, et je ne sais même plus l’heure qu’il est. Rien de prévu, rien de fait, et pourtant quelque chose en moi s’est desserré.
Pourquoi on culpabilise de ne rien faire en vacances
Les premiers jours de vacances, on culpabilise presque de ne rien faire, comme si le temps libre devait être rentabilisé : une visite, un livre terminé, une liste de choses à ne pas rater. On arrive épuisée d’une année entière et on se met une pression nouvelle, celle de profiter correctement. Sauf que se reconnecter à soi ne se planifie pas, ça se laisse arriver, presque à contre-courant de tout ce qu’on a appris à faire du temps.
Accepter la première journée blanche
Il y a toujours ce moment, le deuxième ou troisième jour, où on ne sait plus quoi faire de ses mains ni de son temps. C’est inconfortable, presque vertigineux après des mois de mouvement permanent. Ce vide n’est pas un raté de vacances, c’est le sas nécessaire avant que quelque chose de plus calme ne s’installe.
Refaire les gestes lents, retrouver un rythme corporel
Éplucher une pêche avec un couteau plutôt qu’à pleines dents, plier le linge dehors en écoutant les cigales, marcher jusqu’à la boulangerie sans but précis : ce sont des gestes qu’on redécouvre chaque été comme s’ils étaient neufs. Se lever avec la lumière plutôt qu’avec un réveil, manger quand la faim vient et pas à heure fixe, remet ensuite le corps au centre, là où l’année entière l’avait mis de côté au profit de l’agenda. Ce n’est pas une discipline à tenir, juste un relâchement qu’on laisse se produire.
Ne rien noter, pour une fois
Pas de carnet de bord des vacances, pas de photo pour chaque moment. Certains souvenirs restent plus nets justement parce qu’on ne les a pas figés : une odeur de linge séché au vent, une conversation sur la terrasse qui a duré jusqu’à ce que la nuit tombe pour de bon.
Reconnaître un vrai repos d’une fuite
Ne rien faire ne veut pas dire n’importe quoi. Défiler sur le téléphone pendant deux heures et rester allongée à regarder les feuilles bouger produisent, en apparence, le même vide, mais pas du tout le même effet.
- Le vrai repos, je le reconnais après coup à un signe simple : il laisse un peu d’ennui, puis une envie, même minime, qui vient d’elle-même : se lever pour cueillir une tomate, sortir un carnet sans but précis.
- La fuite, elle, laisse une fatigue étrange malgré l’immobilité : on a occupé le temps sans jamais vraiment s’arrêter, et on referme la journée aussi tendue qu’on l’a commencée.
Ce n’est pas une question de durée ni d’activité précise, c’est une question de ce que ça produit ensuite en soi.
Pour distinguer les deux sur le moment, je me pose une seule question avant de m’y engager : est-ce que je choisis ça, là, maintenant, ou est-ce que c’est le geste par défaut de la main qui attrape le téléphone posé à côté ? Un vrai repos se choisit, même sans réfléchir longtemps ; une fuite se déclenche presque toute seule.
Concrètement, ça veut dire laisser le téléphone assez loin pour que l’attraper demande un vrai geste (dans une autre pièce, plutôt qu’à portée de main sur le transat) pour que ce qui reste, la lecture, la sieste, le vide, redevienne le choix par défaut plutôt que l’option qu’il faut faire un effort pour atteindre.
Face aux proches qui remplissent volontiers le vide à votre place, une astuce toute simple m’a beaucoup aidée : nommer la journée vide à voix haute, la veille, plutôt que de la laisser flotter sans le dire. « Demain, je ne prévois rien » change tout, comparé à ne rien annoncer et se retrouver embarquée dans une sortie qu’on n’avait pas choisie.
Ce n’est pas un caprice à justifier, juste une information à donner, au même titre qu’on annoncerait une visite prévue. La plupart du temps, les proches respectent très bien une journée vide assumée. Ce qu’ils comprennent moins, c’est un vide qui n’a jamais été nommé et qui ressemble, de l’extérieur, à de la disponibilité.
D’une année sur l’autre, je remarque que les envies qui reviennent après ce sas de vide se ressemblent : jamais une sortie organisée ou un lieu à cocher, presque toujours un geste minuscule : repeindre une vieille chaise trouvée sur le trottoir, apprendre trois mots dans la langue du pays où on est, refaire cette recette de grand-mère qu’on n’a jamais notée nulle part. Ça confirme, chaque été un peu plus, que le vide n’empêche pas l’envie : il la débarrasse simplement de tout ce qui n’était pas la vraie, celle qui aurait fini noyée dans une liste de vacances trop remplie.
Je note d’ailleurs ces petites envies dans un coin de mon carnet, sans obligation d’y donner suite tout de suite. Certaines attendent l’automne et reviennent alors avec la même évidence qu’en plein mois d’août, comme une trace fidèle de ce qui, chez moi, compte vraiment une fois le bruit retombé.
En résumé
Se reconnecter à soi, ce n’est pas un objectif de vacances à cocher parmi d’autres : c’est ce qui arrive quand on arrête, enfin, de vouloir que le temps serve à quelque chose.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour vraiment décrocher en vacances ?
Trois à quatre jours en moyenne avant que l’agitation retombe vraiment, d’où l’importance de ne pas juger les premiers jours trop vite.
Comment gérer la pression de proches qui veulent tout planifier ?
Proposer une alternance : un jour avec activité prévue, un jour sans rien, plutôt que de refuser tout programme en bloc.
Cette approche fonctionne-t-elle pour des vacances courtes, type long week-end ?
Oui, à condition d’accepter que le sas d’adaptation prenne alors une part plus importante du séjour. Mieux vaut un jour vraiment vide qu’un week-end entièrement rempli.
Se reconnecter à soi, cet été, ne coûte rien de plus qu’un peu de vide accepté et nommé : c’est déjà, à soi seul, un vrai changement de rythme. La difficulté commence après, à la rentrée, quand l’agenda reprend et que le réflexe de tout planifier revient au galop dès la première semaine de septembre, sans qu’on s’en rende vraiment compte.
Ce rapport plus doux au temps mérite de durer
Ce vide accepté en vacances n’a pas vocation à disparaître le jour de la rentrée, même si l’agenda, lui, revient toujours plus vite qu’on ne le voudrait. Si cette manière de se relier à soi sans rien cocher vous parle, la newsletter prolonge cette respiration avec des inspirations exclusives, des idées saisonnières et des rituels doux envoyés régulièrement.
P.S. : Il y aura sûrement un autre dimanche, plus tard dans l’année, où cette culpabilité du « je ne fais rien » reviendra frapper à la porte. Ce jour-là, vous saurez déjà quoi lui répondre.
Pour aller plus loin : Un dimanche sans rien de prévu (et c’est ok) et Se créer un coin lecture d’été.
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